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Archive for the ‘Automne chaud et humide’ Category

On s’habitue à quoi après avoir vécu près de 9 mois au Mali?

  • À la sincérité des gens. Un « bonjour », « comment va la famille? »,  « bon appétit », « meilleure santé », « avez-vous passé une bonne nuit? » ne sont pas des paroles automatiques ici. L’interlocuteur, qu’il soit jardinier ou ministre, s’interroge vraiment sur notre bien être.
  • À faire pleurer les petits bébés maliens. Nombreux sont ceux qui n’ont jamais vu de blancs alors pour eux nous sommes des êtres sans couleur.
  • À ce que la vaisselle ait une vie de courte durée. Avec des planchers en céramique partout dans la maison, la règle est simple : si tu l’échappes, ça se cassera en mille morceaux.
  • Au piètre état des véhicules de transport en commun. Vous avez pu lire dans des billets précédents que les sotramas et les taxis tiennent à peine sur 4 roues. Avec la saison des pluies, un autre facteur d’inconfort s’ajoute : les bancs sont toujours détrempés étant donné que les vitres sont inexistantes ou bloquées.
  • À avoir les pieds noirs en permanence. Avec la poussière, la boue et les trous d’eau, sans compter les souliers qui déteignent à cause des trois premiers facteurs, c’est peine perdue.
  • À faire les courses des aliments périssables comme les Maliens. Plus le fruit est lisse et beau, moins il sera délicieux. Plus tu rêves d’un certain légume dans ton menu de semaine, moins il y a de chances de le retrouver cette semaine au marché!
  • À dire bonjour et saluer tout le monde que l’on croise. Une simple marche pour aller acheter du sucre au coin de la rue peut prendre 30 minutes simplement parce qu’on prend le temps de parler aux voisins et passants. Ça va être une habitude très difficile à perdre au Canada.
  • À serrer le poignet de quelqu’un au lieu de sa main. Lorsque notre interlocuteur a les mains sales ou mouillées, il tend naturellement le poignet.
  • À voir des Maliens prier à tout moment et dans tous les endroits. Comme le pays est musulman à plus de 90%, c’est tout à fait naturel.
  • À voir des jeunes et moins jeunes uriner DOS au mur!
  • À voir des gens dormir dehors à toutes heures du jour et dans toutes les positions possibles.
  • À ne pas voir d’autres blancs pour plusieurs jours à la fois (à l’exception de ceux que je croise au travail).
  • À pouvoir recharger nos crédits de téléphone facilement car il y a des vendeurs de cartes à tous les coins de rue. On peut acheter des recharges pour des montants qui varient entre 0,50$ (oui, oui) et 50$.
  • Se faire raccrocher au nez par un interlocuteur au téléphone. Ça veut dire qu’il n’a pas d’argent sur sa carte de téléphone et veut que ce soit nous qui appelions pour payer l’appel.
  • À manger du riz… beaucoup de riz.
  • Aux expressions maliennes : « je suis bientôt là » = je dois partir de chez moi bientôt, « je suis en route » = je m’apprête à penser à partir bientôt, « j’arrive » = je t’avais oublié alors je fini de manger, fais ma prière et puis prend de l’essence pour ma moto avant d’arriver à toi.

On s’émerveille…

… de la générosité des gens, même les plus pauvres. Samedi dernier Younous notre « fils adoptif du quartier » a pris son maigre argent de poche pour acheter une petite crème glacée à chacun des enfants. La semaine précédente, Ina la petite fille de 3 ans d’un des gardiens du voisinage est venu donner à Guillaume le petit sachet de biscuits que son père lui achète de temps en temps lorsqu’il a quelques sous. Comment ne pas être touché par des gestes aussi généreux?

… du talent des Maliens. Ils ont le don de faire tout avec presque rien. Le système D à son plus fort.

… au sens de l’humour des Maliens. Ils aiment taquiner et rire, et encore plus qu’on les fasse rire.

Simplicité, humanité et partage ne sont pas lus de simples mots dans ces instants.  Ici, les gens ont le «rien» occidental mais le «tout» de ce que nous percevons trop rarement dans notre quotidien. Le matériel est absent, le reste est entier. –lu sur un blog d’un voyageur de passage au Mali

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Voilà, c’est fait. Marie et moi avons effectué une réorientation complète de carrière. Faute de vignobles dans ce climat aride, nous avons opté pour le secteur de la finance.  L’assurance pour être plus précis.  Malheureusement, je crois que nous devons déjà revoir notre « business model » puisque pour l’instant nous payons des prestations à nos clients mais ne recevons jamais de versements.  Voyez-vous, dans un pays où l’immense majorité des habitants vivent au jour le jour en essayant de réunir assez d’argent pour « le condiment » – c’est-à-dire la nourriture – et où les soins de santé sont payants, le patron et la famille sont les seules à pouvoir subvenir aux besoins urgents.

Les dernières semaines ont été particulièrement difficiles pour notre entourage malien. Tout à commencé avec Mamba. Dieu sait que c’est une personne qui se plaint que très rarement, mais avec le temps nous avons appris à lire ses expressions pour savoir lorsqu’il a des soucis. Cette fois, il n’avait vraiment pas une bonne mine et la douleur était bien évidente sur son visage. Je lui conseille alors d’aller voir le médecin pour vérifier si ce n’est pas le paludisme ou autre maladie sérieuse.  « Oui, oui » répond-il.  Le lendemain, même réponse : « oui, oui j’y vais demain ».  O.k.  Tout à coup le toubabou allume « Mamba, as-tu de l’argent pour aller voir le médecin? ».  Non, bien sûr.  Un peu fâché de ne pas y avoir pensé avant, je lui donne le billet de 10 000 CFA (20$) qu’il me reste dans mon portefeuille et des instructions claires « va voir le médecin tout de suite! » Le médecin qu’il consulte lui diagnostique trop rapidement une forte fièvre et mets le tout sur le compte du palu. Une autre journée d’attente passe et la santé de Mamba se détériore.  J’insiste, Marie insiste, même Bassirou et Véronique se mettent de la partie pour convaincre Mamba de se rendre à une clinique plus réputée, peu importe les coûts puisque le patron (le titre de votre humble serviteur dans cette contrée lointaine) va tout prendre ne charge.  Finalement le beau-frère militaire de Mamba lui prend un rendez-vous chez le médecin de l’armée. Le diagnostic tombe : fièvre typhoïde.  Le médecin confirme que quelques jours de plus et sa vie était sérieusement en danger.

Le lendemain Lacine, mon planton, entre en trombe dans mon bureau, lui qui est toujours si discret et effacé.  Son fils est entré à l’hôpital d’urgence la veille pour se faire retirer l’appendice.  L’opération s’est bien déroulée, tout danger est écarté.  Mais il y a un hic… L’opération a coûté 65 000 CFA (environ 130$) ce qui représente 2 mois de salaire pour Lacine.  Son employeur, qui se trouve à être aussi mon employeur, peut lui prêter 50 000 CFA mais la différence représente quand même une somme colossale.  Alors hop!, les prestations d’assurance-santé Dulude-Blouin entrent en action. Le surlendemain, le même Lacine revient tout piteux; les frais de médicaments et les bandages qui ont déjà gobé l’entièreté de son salaire mensuel ne couvraient pas la crème essentielle à la bonne cicatrisation. La CADB (Compagnie d’Assurance Dulude-Blouin) couvre heureusement ce genre de dépense avec son forfait « employés et leurs famille » et ainsi une autre prestation de 10 000 CFA est émise sur le champ!

Enfin, dimanche dernier, un évènement heureux : le fils de Mamba vient de naître, un beau garçon bien en santé.  La CADB s’était déjà engagée à prendre en charge les frais reliés à la naissance. Petit prix pour s’assurer que mère et enfant (sur)vivent  la naissance sans trop de tracas. Deux jours plus tard, pendant une réunion importante, je reçois un texto absolument incompréhensible de Mamba, exception faite de deux mots : « bébé » et « hôpital ». Je quitte la réunion en trombe et rejoins Mamba en bas pour en savoir plus long. Le bébé vomit du sang, ce qui, ici comme chez nous, est plutôt inquiétant vous en conviendrez.  J’avoue que je n’aurais pas parié sur ses chances, mais contre toutes attentes, l’hémorragie est arrêtée et le bébé peut rentrer chez lui au bout de 3 jours d’observation. [Mamba me confira plus tard que pendant les 72 heures que lui et sa femme ont passé à veiller au chevet de son fils, 10 bébés hospitalisés à peu près au même moment sont décédés]. Puisque leur histoire s’est terminée sur une bonne note, la coutume musulmane veut que le nouveau-né soit baptisé 7 jours après sa naissance. La journée débute par des prières à la mosquée à 6h, puis le sacrifice d’un mouton et enfin un fête où toute la famille est conviée pour déguster un plat mijoté avec la viande de mouton (billet plus détaillé à suivre). Devinez qui a fourni le mouton? Si vous avez répondu la compagnie Dulude-Blouin inc. , vous méritez deux morceaux de robot!

Combien cela nous a coûté au final?  Aucune idée, je n’ai pas fait le calcul et je n’en aucune intention. Marie a fait un bon constat au début de notre séjour ici : on ne peut certainement pas sauver tous les Maliens, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas essayer d’en aider quelques-uns pendant notre séjour ici. Alors voilà, ce qu’on ne ramènera pas dans notre compte en banque, on le ramène en expérience de vie.

Nicolas

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