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Archive for the ‘Il pleut bergère’ Category

Bamako a beau être la capitale d’un pays qui était jadis au cœur du plus grand empire africain, les occasions de divertissement ne sont pas abondantes.  Mais il y le Babemba.  Le seul cinéma de la ville mais qui compte quand même deux salles climatisées.  Aller au cinéma ici est une expérience assez intéressante.  Première étape, choisir le film.  Le Babemba propose des films américains plutôt récents selon les standards d’ici, c’est-à-dire qu’ils viennent d’arriver en DVD au Canada et en Europe.  Quand les taxis datent pour la plupart de l’époque de la Guerre Froide,  on peut dire que quelques mois de retard c’est un bon score.  Donc pour choisir le film on consulte l’horaire du cinéma.  Point de site web, point de ligne téléphonique automatisée.

Une fois le film choisi on se rend audit cinéma.  Les représentations ont lieu à 21h et 23h le samedi.  Celles de 21h sont désertes, quelques dizaines de spectateurs tout au plus.  À 21h00 et des poussières  les caisses sont remplies (on y dépose la monnaie à rendre au client) et les guichets ouvrent.  Première constatation, le film sélectionné à l’aide de l’horaire officiel du cinéma n’est pas présenté.  Même si l’énorme « poster » à la porte spécifie bel et bien que le film en question est à l’affiche ce soir là.  Bon, c’est pas grave de toutes façons on n’a pas vu les choix qui nous sont proposés puisque les clubs vidéos n’existent pas ici.  On se dirige vers le bar en bas où il y a parfois du popcorn, la disponibilité de celui-ci semblant être aléatoire.  On cherche quelqu’un qui travaille supposément derrière le bar.  Première surprise très agréable: on peut acheter des cannettes de bière.  Ahhh, la civilisation enfin!  Armé des cannettes, on se dirige vers le portier qui fume tranquillement une cigarette tout en déchirant notre billet.  Trouver un siège à 21h est un jeu d’enfant et ceux-ci sont plutôt confortables.  Après des publicités amateurs d’Orange Mali le film commence.  Les « pisshhh » des cannettes de bière qu’on ouvre retentissent de façon bien audible, même si les autres clients sont maliens et que ceux-ci ne boivent, en théorie, pas d’alcool.  Hé, hé, qu’il est magique l’anonymat d’une salle de cinéma sans lumière!  Je passe le bras autour des épaules de ma belle franco-ontarienne préférée et on s’évade ainsi pour 2 heures de la chaleur, de la pollution et du bruit. Bien que la majorité des films américains aient une fin prévisible, on reste toujours perplexe lorsque le responsable de la salle ouvre les lumières quelques minutes avant la fin du film. Et si vous êtes amateur du générique final, n’y comptez pas car celui-ci est coupé court dès les premières lignes.

Au sortir, les foules se massent pour assister à la représentation de 23h.  Les Maliens très bien habillés et parfumés avec soin viennent débuter une longue soirée chaude pendant que les parents tout contents s’en retournent à leur progéniture qui dort paisiblement sous la moustiquaire.

Et dans le taxi du retour, en croisant les échoppes vides du marché et les silhouettes fantomatiques dans la lumière au sodium des rues, on se dit que tous ces petites choses incongrues font d’une soirée banale au cinéma une expérience frôlant l’aventure et que, souvent, Bamako c’est magique.

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